La vie d'une femme de Charline Bourgeois-Tacquet / Imparfait mais sensible et délicat /

Gabrielle se consacre corps et âme à son métier de chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public. Elle court et se démultiplie, assaillie de responsabilités. Il lui reste peu de temps pour sa vie privée — un mari qui l’aime et une mère dont elle doit s’occuper. Lorsqu'une romancière vient passer quelques semaines dans son service pour les besoins d’un livre, son équilibre vacille. 
Le film saisit avec justesse la charge mentale d’une femme arrivée à la cinquantaine, prise entre parents, famille, travail, collègues, amis, ménopause et vie sentimentale. Le film défend aussi une ambition féminine encore trop rarement montrée dans toute sa complexité : vouloir une vie amoureuse, exercer un métier prenant à responsabilités, et choisir de ne pas avoir d’enfant. 
Léa Drucker incarne avec beaucoup de sensibilité cette femme parfois dure, sans jamais la rendre antipathique. Mélanie Thierry livre une composition plus opaque qu’à l’accoutumée, mais d’une grande élégance. Charles Berling et Laurent Capelluto offrent, chacun à leur manière, des contrepoints à l’agitation perpétuelle de l’héroïne. 
La mise en scène accompagne avec finesse cette confusion des sentiments. Élégante et sensuelle sans jamais verser dans la vulgarité, elle trouve un équilibre précis entre la fébrilité de la vie professionnelle et la douceur des moments intimes. Le film est sensible, délicat, attentif aux corps comme aux silences. 
Son principal point faible tient toutefois à sa construction. Le récit progresse par vignettes, passant d’un épisode à l’autre sans toujours donner accès à la vie intérieure du personnage. On comprend ce qu’elle traverse, mais moins ce qui la conduit d’une situation à la suivante. Cette distance fragilise parfois l’attachement émotionnel et donne le sentiment que certaines étapes importantes de son parcours nous échappent. 
Reste un film d’une réelle délicatesse, porté par une mise en scène maîtrisée et une interprétation subtile, qui parvient à rendre sensible, sans démonstration, l’épuisement et les contradictions d’une femme qui tente de faire tenir ensemble toutes les vies qu’elle a choisies. 

7,5/10

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