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Compostelle de Yann Samuell / Humaniste /

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Fred, une prof suspendue, et Adam, un adolescent délinquant, entreprennent ensemble le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle cherche à apaiser son passé, il tente de canaliser sa colère et son sentiment d’abandon. Au fil des kilomètres, entre affrontements et instants suspendus, un lien fragile se tisse.  Je ne m’attendais à rien, sinon un fil un peu niais sur les bienfaits de la randonnée. Finalement j’ai beaucoup aimé. Le film est bien plus âpre que ce à quoi je m’attendais grâce à Julien Le Berre qui campe un ado parfois tête à claque, parfois carrément inquiétant – ce qu'il est dur ce gosse – mais toujours à fleur de peau, face à une Alexandra Lamy très sobre. Je ne connaissais pas le principe de ces marches de rupture mais il me paraît intéressant, surtout s’il est efficace. La progression d’Adam me semble bien amenée, de même que l’évolution de Fred. Les dialogues sont souvent drôles car aucun ne manque de répartie. Comme on pouvait s’en douter, certains paysages s...

Juste une illusion d'Olivier Nakache te Eric Toledano / Un peu creux /

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En 1985, Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne, entre un grand frère distant et des parents en conflit permanent. Nous partageons ses questions et ses doutes sur l’identité, l’amitié, la famille, la religion, le désir et les premiers élans amoureux.  Je voulais aimer ce film mais je n’ai pas réussi à adhérer. Les acteurs sont bons, la reconstitution est bonne, les dialogues amusants, j’ai beaucoup aimé la scène de la danse dont tout le monde parle, j’adhère plutôt aux valeurs du vivre ensemble, je capte une bonne partie des références même si je ne suis pas le public cible. Pourtant la mayonnaise ne prend pas. Rien n’accroche. Pas de surprise, pas de folie, pas de coup d’éclat. Sans doute ai-je eu du mal à m’identifier à cet ado qui essaie désespérément de mater son premier porno sur VHS avec ses potes tout en courant après une fille qui le méprise. J’en déduis que le scénario de cette vignette eighties manque de ressort et de con...

L'ultime héritier de John Patton Ford / Aussi sympathique qu’anecdotique /

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Becket Redfellow n’a qu’une obsession : se venger de la famille richissime qui a renié sa mère. Il décide de récupérer l’héritage qu’il estime lui revenir. Le problème ? Sept membres de la famille se dressent entre lui et cette fortune. Qu’à cela ne tienne : Becket est prêt à les éliminer un par un… jusqu’au dernier.  Je n’ai pas vu Noblesse oblige, dont le film est un remake, ni lu le roman. La version américaine souffre néanmoins clairement du manque d’humour anglais, le ton étant à la fois sérieux et parodique mais sans aller au bout se révèle bancal. Glen Powell, sémillant, ne manque pas de charme mais là, il eut fallu plus d’aspérités, plus de danger. La voix off m’a plutôt amusée, mais elle aurait pu être nettement plus piquante. J’ai bien aimé le cynisme final même s’il semble tomber comme un cheveu sur la soupe : tout au long du film, Becket est plus ou moins une victime sociale qui se révolte tout en se faisant une place au soleil par son mérite et puis tout à coup, c...

Projet dernière chance de Phil Lord et Christopher Miller / Sympa /

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Ryland Grace, professeur de sciences, se réveille seul à bord d’un vaisseau spatial, à des années-lumière de la Terre, sans aucun souvenir. Peu à peu, sa mémoire lui revient, et il comprend l’enjeu de sa mission : résoudre l'énigme de la mystérieuse substance qui cause l'extinction du Soleil.  Je n’ai pas lu le roman donc je ne peux pas juger l’adaptation. D’un point de vue scientifique, le film est assez technique, je n’ai clairement pas tout compris et même parfois je ne comprenais pas ce qu’il se passait, la faute à une narration un peu confuse et rempli d’invraisemblances. J’ai aussi eu du mal à adhérer au visuel de l’extraterrestre, vraiment très peu organique. Cela dit, la relation entre Grace et Rocky finit par être attachante, même si je trouve la fin très surprenante. Esthétiquement, c’est réussi, beau sur Terre et dans l’espace. Ryan Gosling et Sandra Hüller sont excellents, lui en prof brillant qui apprend le courage et l’amitié, elle en chef de mission convaincue pa...

Ceux qui comptent de Jean-Baptiste Leonetti / Mélancolique /

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Rose, force de la nature qui affronte tous ses problèmes avec une désarmante joie de vivre, et Jean, solitaire et taciturne ayant enfoui son grand cœur sous des couches de pudeur et de résignation, n’ont rien en commun. Quand il arrive malgré lui dans cette famille hors norme, il devient très vite indispensable.  Le film a déjoué mes attentes : c’est moins une comédie déjantée qu’une comédie dramatique mélancolique, presque désespérée, ponctuée de saillies humoristiques efficaces. Sans pathos, il évoque des sujets graves et délicats, sans adoucir ses personnages : Rose qui fuit la réalité, parfois exaspérante dans son déni, Jean, qui refuse de s’impliquer, même quand il devient évident que ça lui fait du bien. Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin forment un duo attachant et complémentaire, elle extravertie et lumineuse, lui renfermé, quasi mutique. Les trois enfants s’en sortent bien, notamment Louise Labeque et  Alexis Rosenstiehl, en tête à claque . C’est original e...

Reminders of him de Vanessa Caswill / Joli /

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Après sept ans en prison, Kenna Rowan revient dans sa ville natale dans l'espoir de retrouver sa fille.  Je m’attendais à une romance un peu bête et très sensuelle. Finalement, c’est un peu moins bête mais aussi un peu moins sensuel que prévu. Le scénario est balisé, très prévisible, carrément improbable mais se suit sans déplaisir, notamment parce qu’il évoque des sujets durs, le deuil, la culpabilité, le pardon, sans trop de pathos, même si on s’enfonce dans la guimauve. Maika Monroe s’en sort bien, plutôt sobre, Tyriq Withers manque un peu de charisme pour convaincre. Lauren Graham et Bradley Whitford viennent amener leur expérience solide. Quelques beaux paysages canadiens viennent donner de grands espaces sur une B.O sympathique. Ce n’est pas un grand film, loin de là mais une jolie bluette qui fait passer le temps.  7/10

Police flash 80 de Jean-Baptiste Saurel / Sympa /

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1984. Yvon Kastendeuch, flic à l’ancienne est propulsé à la tête d’une « unité d’élite » : la Police Flash 80. Il doit faire équipe avec Guilaine, maman surmenée et cerveau du groupe, Marfoud, geek du Minitel, et Roberto, l’infiltré à la coupe mulet. Ensemble, ils vont tenter de démanteler un trafic de drogue en devenant une brigade si improbable, que même les années 80 n’étaient pas prêtes.  Je voulais adorer ce film et beaucoup rire. Ou l’inverse. Or, et commençons immédiatement par le plus gros problème du film, je n’ai pas beaucoup ri. J’ai souri, je me suis esclaffée (moqueuse, oui, oui) mais je me suis aussi un peu ennuyée. Moitié hommage, moitié pastiche, le film n’assume pas tout. L’aspect narardesque, parfois vulgaire, n’est, selon moi, pas poussé assez loin.   Tout ce mauvais goût affiché est nuancé par une critique pas très acerbe des aspects négatifs de cette période de tous les excès. Le grain de l’image façon années 80, je ne vois pas l’intérêt. Cela dit, il y du...

Le crime du 3ème étage de Rémi Bezançon / Joyeusement fantaisiste /

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Colette, professeure de cinéma spécialisée dans l’œuvre de Hitchcock, soupçonne son nouveau voisin d’en face d’avoir tué sa femme. Réalité ou déformation professionnelle ? Son mari, François, écrivain de romans historico-policiers un peu désuets, est d’abord sceptique face à l’obsession de Colette. Il se laisse cependant embarquer dans cette enquête rocambolesque.  Pastiche assumé de Fenêtre sur cour mâtiné d’Agatha Christie et de De Broca (Le Magnifique), avec mise en abyme et même intervention du Maître, cette comédie policière sur le couple atteint parfaitement son objectif : faire rire sans perdre le suspense. Laetitia Casta, pleine de charme et Gilles Lellouche en bougon qui s’attendrit, forment un couple en crise qui a besoin de retrouver la flamme. Guillaume Gallienne s’en donne à cœur joie dans un rôle ambigu. Dialogues ciselés et situations rocambolesques assumées font de ce film réjouissant et élégant une réussite. Les incursions de scènes du roman, qui illustrent au...

The history of sound d'Oliver Hermanus / Tendre et nostalgique /

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Lionel, jeune chanteur talentueux du Kentucky, quitte la ferme familiale pour intégrer le Conservatoire de Boston, où il rencontre de David, étudiant en composition aussi brillant que séduisant, mais leur lien naissant est brutalement interrompu lorsque David est mobilisé à la fin de la guerre. En 1920, réunis le temps d’un hiver, Lionel et David sillonnent les forêts et les îles du Maine pour collecter et préserver les chants folkloriques menacés d’oubli.  C’est un très beau film sur l’amour, la musique et sa mémoire collective, la beauté de l’Amérique profonde, les conséquences de la guerre et la mémoire des minorités qui disparaissent. Grâce à une reconstitution immersive et une musique planante, cette réalisation classique nous emporte dans les paysages de l’Amérique rurale des années 20. La photographie est superbe, visuellement, c’est magnifique. Paul Mescal et Josh O’Connor, parfaits de sobriété, forment un couple complice, sensible et sensuel. Tous les deux ont un joli brin...

La maison des femmes de Mélisa Godet / Nécessaire /

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À la Maison des femmes, entre soin, écoute et solidarité, une équipe se bat chaque jour pour accompagner les femmes victimes de violences dans leur reconstruction.  Un film presque documentaire mais incarné, sublimé, fluidifié par la fiction. Les scènes, souvent courtes reconstituent des pastilles du quotidien de ce lieu pluridisciplinaire qui essaie de faire sortir les femmes du cercle de la violence et de les aider à se reconstruire. Les témoignages sont percutants, sans misérabilisme, avec pudeur. Pour alléger ce film féministe dont le fond est dramatique et glaçant, il est parsemé d’humour plus ou moins noir, mais réaliste. Le casting est excellent, de Karin Viard à Eye Haïdara, en passant par Pierre Deladonchamps, Aure Atika, Juliette Armanet et Laetitia Dosch. Le scénario passe presque trop rapidement sur les difficultés liées à ce type de structure et s’avère prévisible mais célèbre la résilience et la solidarité. Il est suffisamment solide néanmoins pour soutenir l’intérêt ...