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Reconnu coupable de Timur Bekmambetov / Questionnant /

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Dans un futur proche, un policier est accusé du meurtre de sa femme. Jugé par une intelligence artificielle ultra-performante, qu'il a lui-même contribué à mettre en place, il n'a que 90 minutes pour prouver son innocence... avant qu'elle ne scelle son sort.  La Justice par IA, le concept a de quoi faire frémir. Le film serait un peu plus pertinent s’il ne relevait pas de la science-fiction en dotant l’IA d’une vraie réflexion et d’une capacité à se laisser convaincre par des arguments irrationnels. Dans sa partie procédurale, le film ralentit parfois, malgré l’action à l’extérieur du tribunal, souvent filmée via des caméras embarquées, ce qui peut parfois donner la nausée. Dommage, la bande annonce révèle presque la solution du mystère (heureusement, je ne l’avais pas vue). Le scénario tient la route dans sa première partie puis part en vrille quant aux explications. Rebecca Ferguson réussit le miracle d’amener un supplément d’âme à cette IA grâce à de micro-expressions, f...

Nuremberg de James Vanderbilt / Intéressant /

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1945. Le psychiatre américain Douglas Kelley doit évaluer la santé mentale des dignitaires du IIIᵉ Reich avant le procès. Face au manipulateur Hermann Göring, il se retrouve pris dans un rapport de force. S'ouvre alors un duel avec le mal absolu.  Dommage, je l’ai vu en VF. Après vérification, le scénario prend quelques libertés avec la temporalité et la réalité historique mais pas tant que ça. Je n’étais pas nécessairement convaincue par la distribution, bien que ce soit par ailleurs d’excellents acteurs. Toutefois Russell Crowe s’empare du rôle de l’ogre Göring avec gourmandise, sans pour autant surjouer. Rami Malek cabotine parfois un peu mais parvient à faire apprécier son personnage. Leurs échanges sous forme de duel psychologique sont délicieux. Ils sont secondés par une distribution très solide – Michael Shannon, Richard E. Grant, John Slattery, Lotte Verbeek. Le parti pris de départ – traiter de la relation entre Kelley et Göring – déséquilibre...

Hamnet de Chloé Zhao / Émouvant /

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Angleterre, 1580. Un professeur de latin fauché, fait la connaissance d’Agnes, jeune femme à l’esprit libre. Fascinés l’un par l’autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier. Tandis qu’il tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques.  M’étant déplacée sur la foi du titre et du nom des acteurs, je pensais voir soit une version filmée de la pièce soit une version historique. Du coup quand je vois la première scène, je trouve que Jessie Buckley fait une très mauvaise Ophélie, trop terrienne, trop intense. Puis, quand je comprends le véritable propos du film, je me dis qu’elle fait en revache une excellente Agnes. Paul Mescal est parfait en dramaturge contrarié, père aimant ne sachant pas exprimer ses émotions autrement que par l’écriture. Les enfants jouent très bien. La première partie est plaisante, la deuxième tourne un peu en rond, connaît une baisse de rythme qui nous fait frôler l’ennui, la troisième vaut à elle seule de s...

Le mage du Kremlin d'Olivier Assayas / Artificiel /

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Russie, années 1990, l’URSS s’effondre. Dans le tumulte d’un pays en reconstruction, un jeune homme à l’intelligence redoutable, Vadim Baranov, trace sa voie. D’abord artiste puis producteur de télé-réalité, il devient le conseiller officieux d’un ancien agent du KGB promis à un pouvoir absolu, le futur « Tsar » Vladimir Poutine.  Peut-être est-ce un film à voir quand on est en grande forme. Ce n'était pas mon cas, j'en ai tiré une impression de flou. Vadim est un personnage fascinant, opaque, vivant uniquement quand il parle à sa fille,  incarné avec brio par un Paul Dano massif, voix douce et visage impassible ou presque. Alicia Vikander a un rôle ambivalent, moitié jetsetteuse moitié Jiminy Cricket. Jude Law est parfaitement sobre en Poutine mais j'ai trouvé le personnage presque terne, comme l'image du film. Car en dehors des quelques années étudiantes de fiesta débridée, tout est gris. Je comprends la métaphore mais l'effet à l'écran est morne et un peu flo...

28 Ans Plus Tard : Le Temple Des Morts de Nia DaCosta / Glauque et oppressant /

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Le docteur Kelson noue une relation aussi troublante qu’inattendue dont les répercussions sont susceptibles de bouleverser notre monde. De l’autre côté, la rencontre entre Spike et Jimmy Crystal tourne au cauchemar.  Le premier volet ne m’a pas laissé de souvenir mémorable, heureusement, ça ne m’a pas manqué. Si ce deuxième volet propose plus d’action, celle-ci, parfois extrêmement violente d’un point de vue physique et psychologique, m’a parfois mise vraiment mal à l’aise. Oui, l’Homme est un loup pour l’Homme, ce n’est pas nouveau, inutile d’insister aussi lourdement, d’autant que les zombies ont quasi disparu, l’exception de l’alpha, mélange détonnant de surzombie et de surhomme. Quand aux contacts entre Kelson, impeccable Ralph Fiennes, et Samson, ils confinent parfois au ridicule (j’ai lu dans une critique « une bromance crypto -gay » et je suis assez d’accord), sans parler de la danse finale du scientifique sur fond d’Iron Maiden, étrange. Quant à l’espèce de remède...

L'affaire Bojarski de Jean-Paul Salomé / Fascinant et élégant /

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Jan Bojarski, ingénieur polonais, réfugié en France pendant la guerre, est limité à des petits boulots mal rémunérés… jusqu’au jour où un gangster lui propose d’utiliser ses talents exceptionnels pour fabriquer des faux billets.  Je ne sais pas à quel point la réalité a été romancée pour le film mais c’est l’histoire d’un génie en avance sur son temps, ingénieur brillantissime et faussaire meilleur que les graveurs de la Banque de France. Rejeté, avide de prouver sa valeur même à un seul homme pourvu qu’il soit de sa trempe, son histoire d’amour avec une femme qui l’admire ne lui suffit pas, il lui faut être reconnu. Il le sera, ça lui coûtera. Referait-il la même chose en le sachant ? Peut-être, oui. Reda Kateb excelle dans le rôle de l’incompris brillant, secondé par la lumineuse Sara Giraudeau et le ténébreux Bastien Bouillon. Pierre Lottin est bon mais n’a pas grand-chose à jouer, son rôle étant très secondaire, sinon un honorable accent polonais. Les confrontations entre ...

La femme de ménage de Paul Feig / Efficace /

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E n quête d’un nouveau départ, Millie accepte un poste de femme de ménage à demeure chez Nina et Andrew Winchester, un couple aussi riche qu’énigmatique. Ce qui s’annonce comme l’emploi idéal se transforme rapidement en un jeu dangereux, mêlant séduction, secrets et manipulations.  Adaptation a priori fidèle du best-seller du même nom que je n’ai pas lu, le film propose une intrigue classique mais solide – quoiqu’invraisemblable – qui débute rapidement. Globalement, elle tient la route, développant un petit fond de critique sociale et un arrière-plan gentiment féministe, même si, petit bémol, elle est prévisible jusqu’à un certain point. La mise en scène bénéficie d’une atmosphère lourde habilement soulignée par la musique. Par ailleurs, je trouve Millie très naïve, mais ce n’est pas nécessairement incompatible avec son passé car elle connaît finalement peu les hommes. Les séquences vaguement érotiques du deuxième tiers, en mode « visitons chaque pièce de l...

Le maître du Kabuki de Sang-Il Lee / Intense mais sans ampleur /

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Nagasaki, 1964 - A la mort de son père, chef d’un gang de yakuzas, Kikuo, 14 ans, est confié à un célèbre acteur de kabuki. Aux côtés de Shunsuke, le fils unique de ce dernier, il se consacre à ce théâtre traditionnel. Durant des décennies, les deux hommes évoluent côte à côte, entre scandales et gloire, fraternité et trahisons...  Presque 3h de film, alors que j’ai plus ou moins renoncé à voir Avatar du fait de sa longueur excessive ? Oui, j’ai osé. La bande annonce était prometteuse, le sujet intriguant. Cette fresque qui s’étend sur près de 60 ans aurait clairement gagnée à être resserrée d’une demi-heure. Cela dit, elle a de nombreuses qualités, à commencer par l’esthétique soignée et immersive avec des décors et des costumes sublimes. Ensuite, l’intrigue, certes classique, est passionnante grâce à des personnages passionnés et ambivalents. Les acteurs sont excellents. C’est un plaisir de voir Ken Watanabe dans un rôle saisissant. On s’attache à ces hommes imparfaits qui n...

Rebuilding de Mark Walker-Silverman / Joli mais aride /

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Dans l’Ouest américain, dévasté par les incendies, Dusty voit son ranch anéanti par les flammes. Il trouve refuge dans un camp de fortune et commence lentement tisser des liens, avec sa fille, avec ses voisins.  Pour un premier film, ce n’est pas si mal. Il a beaucoup de qualités : une jolie histoire, simple et humaniste, un bon casting, notamment Josh O’Connor et Lily La Torre, des paysages superbes, une photographie soignée. Alors pourquoi ça ne fonctionne pas tout à fait ? Parce que le rythme est plat, très plat. Si bien que si l’ennui n’est pas complet, il point le bout de son nez. Le film ne dure pas longtemps mais paraît plus long du fait de son aridité. Aridité qui par ailleurs, correspond au thème et aux paysages. J’ai trouvé le personnage de Dusty attachant malgré son caractère taiseux : c’est un bon père, résilient, qui aime son travail et qui finit par aimer les gens.  6/10

L'âme idéale d'Alice Vial / Délicat et romantique /

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Elsa, 40 ans, a renoncé aux histoires d’amour car son don la garde à distance des autres : elle peut voir et parler aux morts. Elle rencontre Oscar, un homme drôle et charmant, qui lui fait espérer à nouveau que tout est possible. Mais au moment où elle commence enfin à tomber amoureuse, Elsa réalise que leur histoire n’est pas aussi réelle que ce qu’elle pensait…  J’y suis allée à reculons, en me disant que le synopsis en dévoilait trop. Heureusement, je n’ai pas écouté mon instinct. Le film est une comédie dramatique drôle et émouvante qui évoque le deuil et la solitude. Je ne suis pas l’une des nombreuses fans de Jonathan Cohen, son humour fonctionne mal sur moi. En revanche, ici, je l’ai trouvé très bon : sobre, attachant. Magalie Lépine-Blondeau, une illustre inconnue pour moi, normale, elle est québécoise, crève l’écran : solaire et mélancolique à la fois. Les seconds rôles sont un peu limités. L’intrigue est solide, elle présente étrangement (et je ne doute pas de ...