Les héros du Louvre d'Élie Chouraqui / Émouvant et imparfait /
Amoureux des arts, Babi Maklouf Benhamou est gardien de nuit
au musée du Louvre. Mais alors que la Seconde Guerre mondiale éclate, Jacques
Jaujard, le conservateur du musée, organise le sauvetage des œuvres d’art. Il
confie alors à Babi, accompagné par sa famille, l’un des camions chargés de
transporter les chefs-d'œuvre hors de Paris.
Joli film sur la famille, l’amour
de la patrie et la transmission du patrimoine, le nouveau film de Chouraqui
mêle la Grande Histoire du sauvetage des œuvres du Louvre à une histoire
familiale plus intime, nourrie de souvenirs et, par endroits, de romanesque.
Le
film prend cependant des libertés parfois flagrantes avec la chronologie de la
guerre et de l’Occupation. Un choix qui peut troubler, d’autant que la mise en
scène semble elle aussi chercher à recréer une époque : caméra souvent portée à
l’épaule, filtres et texture de l’image composent un aspect volontairement
vintage, mais parfois un peu artificiel.
L’interprétation constitue l’une des
grandes réussites du film. Kad Merad et Marie Gillain sont excellents, tandis
que les jeunes acteurs leur donnent une réplique convaincante. Chouraqui porte
sur ses personnages un regard profondément tendre, sans pour autant les
enfermer dans des archétypes. Malgré un nombre limité de personnages
secondaires, le récit évite ainsi un manichéisme trop facile en faisant
cohabiter résistants, collaborateurs opportunistes, miliciens et soldats
allemands dont la représentation n’est pas systématiquement réduite à la
cruauté.
Le sauvetage des œuvres du Louvre constitue d’abord le moteur du
récit, occupant une large première partie du film, avant de s’effacer
progressivement au profit du destin familial. Ce déplacement peut laisser une
impression de déséquilibre, mais il révèle aussi la véritable nature du projet
: moins un film historique au sens strict qu’un récit humain, traversé par la
mémoire et l’attachement aux siens. Il y a finalement quelque chose de
l’archive familiale dans ce film, mais d’une archive familiale dotée d’un très
gros budget. On y retrouve les souvenirs embellis, les figures que l’on
idéalise, les silences et les arrangements avec la chronologie.
Et malgré ses
maladresses, le film parvient à créer ce qui compte peut-être le plus : de
l’attachement. On s’attache à ces personnages, à leur histoire et à ce qu’ils
représentent, entre mémoire familiale et mémoire collective.
7/10

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