Soudain de Ryūsuke Hamaguchi / Humaniste et touchant /

Directrice d'un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d'y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l'écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. 
Quand j’ai découvert, juste avant d’entrer dans la salle, que Soudain durait 3h15, j’ai sérieusement envisagé de renoncer. Je me suis même promis que, si le film s’avérait trop long, je partirais. 
Force est de constater que je suis restée jusqu’au bout, malgré un premier tiers particulièrement étiré et une très longue scène de théâtre conceptuel, assez soporifique. Car le film ne commence véritablement qu’après cette interminable exposition. Par moments didactique, il prend le temps d’exposer ses théories économiques et philosophiques comme dans un cours magistral. Il frôle même le documentaire lorsqu’il s’attarde sur la méthode « Humanitude ». À force de vouloir expliciter son propos, le scénario tombe parfois dans le sur-explicatif. Dommage parce que certains échanges, comme celui des quais, sont passionnants. Une heure de moins aurait sans doute considérablement gagné en rythme et en efficacité. 
Paradoxalement, la mise en scène se révèle souvent étonnamment sensuelle, aussi bien dans la relation entre les deux personnages principaux que dans le rapport aux personnes âgées. Les scènes de massages de pieds collectifs sont à ce titre pour le moins singulières. C’est aussi à ce moment que la maison de retraite s’éloigne le plus de toute forme de réalisme pour basculer vers une utopie politique généreuse, mais parfois un peu naïve. Reste l’essentiel : l’humanisme du film et la finesse de ses interprètes. Virginie Efira et Tao Okamoto ont largement mérité leur prix d’interprétation à Cannes. Leur jeu, tout en retenue, s’accorde parfaitement avec la délicatesse et l’humanisme du projet. 
Et si Soudain peine à trouver son rythme, son dernier tiers parvient finalement à toucher juste, sans jamais sombrer dans le pathos. Une œuvre imparfaite, trop démonstrative et inutilement longue, mais portée par une véritable générosité et une belle sensibilité.

8,5/10 


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